Algérie 2008

Riders: Hissam Sid et Leanic Leard
Photos : Jako Martinet

La pratique du ski sauvage vous attire, le massif du Djurdjura vous l'offre. La Kabylie est la principale région montagneuse de l'Algérie avec des sommets entre 2000 et 2600 m, la neige y repose de janvier à mars, hinchalha….

Prise en charge
Depuis un bon bout de temps, l'idée de skier en Algérie nous trotte dans la tête. Hissam, Ticho et moi-même, étions bien motivés, mais il fallait le plan. Car pas de plan, pas de plan.
Impossible de venir en Algérie, comme on va au Maroc ou en Tunisie, un visa et une adresse d'accueil sont obligatoires comme pour la Russie. Hissam avait tous ces plans grâce à Mohamed, un chirurgien algérien exerçant en France. Hissam l'a eu comme client à l'école de ski du Corbier. Tous deux, de la même origine, les liens se sont tissés rapidement. Le jour où on lui a proposé d'aller skier en Algérie, Mohamed était flatté et honoré de voir que l'on s'intéressait à son pays. Il a tout mis en œuvre sur place. Les contacts " au bled " sont bien plus concrets pour ce trip que pour la plupart des autres. À notre arrivée à l'aéroport, Mohamed nous attendait, il avait pris quelques jours de congé pour profiter de notre présence en algerie. Avec lui, toute une délégation était présente pour nous accueillir : son frère jamel travaillant à la police scientifique, lamara un riche businessman, chabanne un ancien de l'armée, tous étaient présents pour notre arrivée à Alger. Il fallait bien une escorte comme cela pour notre sécurité…



Politique
L'Algérie souffre à l'heure actuelle d'une mauvaise presse, il est temps de changer tout ça. Durant une décennie, les problèmes de terrorisme ont anéanti le pays. Le peuple a souffert. L'économie est réduite a néant au même titre que les habitants avec une moyenne de 60 attentats par jour sur Alger, le décor est posé. Aujourd'hui, quelques actes isolés font encore régner un climat d'insécurité mais rien avoir avec les années précédentes. Sur place aucune peur se dégage des autochtones qui vivent librement sans la crainte de ce qui pourrait se arriver aux coins d'une rue. Leur vigilance s'orientent vers quelques lieux stratégiques comme les commissariats et administrations qui sont encore les plus visés.


Photo ci-dessus: Paysages de Kabylie

Tikjda
Et oui une station existe en Algérie, du moins existait, depuis 1990 tout a été arrêtée. Le terrorisme avait pris le dessus. Il était impossible de monter en montagne à cette époque, des barrages islamiques en bas de vallée empêchaient tout trafic extérieur aux leurs. Pour les plus inconscients, les mines disposées le long de la route terminaient le travail. Les bâtiments de la station leur servaient de base arrière, la montagne était leur laboratoire. La Kabylie était purement aux mains de groupes terroristes.




Aujourd'hui la démocratie a repris ces droits, l'armée a fait le ménage dans la région de tikjda, et le libre accès sur une route goudronnée se fait sans souci, malgré de multiples barrages de police pour assurer la sécurité.



Après une bonne nuit à Tizi Ouzou, la principale ville de Kabylie, nous partons pour la station de tikjda, environ 2 heures de route. Selon les dires, là-haut, la neige doit être présente. Après une collection de barrages, au milieu des plaines cultivées, la chaîne du Djurdjura se dresse tel un rideau, mais pas tant de neige sur les hauteurs, le doute s'installe, est ce qu'on nous aurait menti ?
Dame montagne n'est pas encore couverte de sa robe blanche, pourtant il fait frais et se serait le moment d'y penser. Mais la route est encore longue, après la plaine verte de jeune blé, la voiture s'incline de quelques degrés pour l'ascension de la côte, direction le spot.




Et au bout de quelques virages rocailleux qui, pour ainsi dire, ne donnent d'autres frissons que ceux de l'émerveillement, la station d'hiver de Tikjda, à 1400 M d'altitude, apparaît enfin, avec son magnifique bois de cèdres et ses jardins ombragés. Le célèbre hôtel Djurdjura, inauguré en 1976 et complètement saccagé par les terroristes aux débuts des années 90, a rouvert ses portes aux visiteurs même si La majeure partie de ces bâtiments attend toujours d'être restaurée. À l'auberge de l'hôtel, on y trouve le gîte et le couvert à des tarifs à partir de 2200 DA la nuit. Un lieu très rudimentaire qui, disons-le, est un peu rédhibitoire pour des jeunes en vacances. Heureusement que le Centre National de Sport et du Loisir de Tikjda (CNSLT) propose des prix plus abordables (1500 DA la nuit) pour des chambres (équipées de sanitaires et de douches) très confortables. D'emblée, le réceptionniste du centre nous confie que durant les week-ends, la station est plus animée. " Le week-end dernier nous avions affiché complet. Et pour le prochain Week-end, nous avons plus de 140 réservations. Notre clientèle est plutôt familiale et algéroise.



Cet hiver, elle est de plus en plus nombreuse et fidèle ", nous affirme-t-il. M. Djouidi, le responsable de la communication du centre, nous a dressé le même constat. " Tout ce que je peux vous dire, c'est que Tikjda renaît de ses cendres. A notre niveau, nous remarquons réellement l'engouement et la fascination de nos touristes pour cet endroit. De notre côté, nous faisons tout pour leur garantir un bon accueil et des prestations de services satisfaisantes ", nous déclare notre interlocuteur. Ce dernier nous apprend que le CNSLT crée en 1993 ne se contente pas seulement de recevoir des athlètes nationaux et internationaux en leur assurant les moyens nécessaires pour leur préparation technique, physique et psychologique. " Le centre a aussi une vocation touristique. Avec deux blocs et une capacité théorique de 600 lits plus l'espace cafétéria et restauration, les familles peuvent s'offrir des vacances très agréables à des prix réduits ", relève M. Djouidi avant de nous ajouter encore : " nous organisons également de nombreuses animations, des soirées musicales. Des randonnées sont aussi organisées à la demande des familles. Sachez que nous mettons même le matériel de ski à la disposition de nos clients qui désirent pratiquer ce sport. " Soulignons aussi que ce centre sera prochainement doté d'un sauna, d'une salle de musculation, d'une piscine olympique et d'une salle omnisport. Du côté des visiteurs, la satisfaction est largement affichée. " Nous étions agréablement surpris par la qualité des services et des chambres. En plus Tikjda respire vraiment la fraîcheur et la nature vivante. Ici on peut aisément se remplir les poumons d'oxygène pur loin de la ville et très loin même de la fumée noire des échappements.

Les spots
À 4 Km de l'hôtel, La piste de Lakouker se divise en deux versants, Est et Ouest. En 1970, un téléski a été construit des deux cotés de la montagne, mais n'a jamais fonctionné. Il faut 30 minutes de montées à pied pour atteindre le sommet, de là une vue imprenable sur les vallées kabyles verdoyantes, ces villages alignés sur les crêtes, et la mer au loin. Du sommet du téléski, il est possible de marcher sur l'arête du Djurdjura et choisir des lignes entre les rochers, si la neige le permet, il est possible de rider 1000 m de dénivelé.
En face de l'hôtel, le télésiège Tigounatine se divise en deux parties, la première vous monte au sommet d'une arête.


De l'autre côté du versant, on peut apercevoir le barrage Tilzdit. La route menant sur le col de Tizi n'Koulel vers la station serpente à travers La main du Juif (Une montagne ainsi appelée parce qu'elle se décline avec six "doigts" au lieu de cinq qui auraient été escaladés par un hermite juif au début du siècle dernier selon les habitants du coin) et Le chapeau du Gendarme (un mont qui aurait abrité le village du grand révolutionnaire El Mokrani et ses insurgés avant qu'ils soient défaits par l'armée coloniale). C'est dire toute la grandeur historique de cette région légendaire.

Le hasard faisant bien les choses, nous croisons quelques anciens et nouveaux riders de la canadian air force, qui remonte du Nippon Open, en la personne de Charles Gagnier ou JF Cusson. Ceux ci vont continuer leur trip vers le nord pour un peu plus de poudreuse et un peu moins de contest ! Nous, du nord, on en vient alors on est bien placé pour dresser le topo. Fini la ville et la foule, direction Sapporo !

Le deuxième siège permet de rider les versants Nord-Ouest. Cette remontée, étant plus basse en altitude, le ride se passe dans une forêt de cèdres classée par l'UNESCO. Quel dommage que la neige ne fut pas au rendez-vous car l'ambiance était complètement hors du commun. Au pied de la forêt, il existe le chalet du Kef, en attente de travaux car laissé à l'abandon pendant les années de guerre, il doit être retapé entièrement, et c'est Guerri Mourad qui s'y colle, un bon spot pour l'avenir.

Pour le free ride back country, tout se passe sur Lala khedidja (2308 m) le plus haut sommet de Kabyle. De l'hôtel, il faut emprunter la route du col sur environ 12 km et mettre les peaux de phoque. C'est parti pour 1 H 30 de marche pour atteindre le sommet. Il est possible de rider la face Nord, offrant de multiples couloirs, ou la face Ouest qui peut atteindre 1500 m de dénivelé si la neige le permet, à la fin du ride, il faut rejoindre la route pour un retour en voiture jusqu'à l'hôtel.

Enfin, down town, il y a aussi la possibilité de faire jaillir des étincelles de vos planches. Nous avons testé le premier rail en Algérie. Il a fallu leur expliquer plus de mille fois ce que nous allions faire le soir, pas parce qu'il ne voulait pas, mais c'était impossible de leur faire comprendre que nous pouvions slider sur une barre de fer.

Pour la mise en oeuvre, il a fallu charger le camion avec la neige des talus au sommet du col. Youssef, notre chauffeur, nous regardait avec des yeux de gamin et hallucinait en remplissant le camion de neige (mi vous ite fou !!!). Au bout de deux voyages, la piste d'élan et de réception étant bien shapées, c'était l'heure de rider ce rail. L'oeil écarquillé et bouche bé, tous nos " potes du bled ", criés comme lors d'un but vainqueur de coupe du monde à la dernière minute à chaque passage, le spectacle a duré une heure. Le lendemain, Ali m'a demandé les photos de cette session, mais pas les autres, je pense qu'un prochain Park Freestyle verra le jour en Algérie subito…





Les champions locaux
Des années 95 à 2003, l'Algérie a pu compter sur deux skieurs de hauts niveaux. Ali Boukamoun et Guerri Mourad. Ils ont tous les deux participé au championnat du monde de Sestriere 97 et st Moritz 03 en super G et géant se classant dans les 60e tous les deux. Mourad a également participé au JO d'Albertville 92 toujours dans les mêmes disciplines. Aujourd'hui, Ali est responsable des réservations du centre sportif de tikjda et Mourad a repris le chalet du Kef pour en faire un hôtel.. Un avenir prometteur lorsque les remontées mécaniques seront remis en état de marche. Un projet de reconstruction est en court pour les années à venir.


Oui, ici c'est l'étranger qui fait la main basse sur le business : américains mais plus souvent australiens achètent et colonisent ! Les constructions ressemblent plus aux maisons qui bordent les côtes australiennes qui fleurent plus la plage que les flocons ! On dirait que les japonais ne gèrent plus que la restauration. On leur demande, et ça leur va bien. Tout le monde semble donc heureux ici. Enfin, une conditions pour l'être et le rester, c'est d'avoir un portefeuille ou une carte bleue costaud car les tarifs, malgré un forfait qui reste très raisonnable, sont à l'image du standing : assez élevé.

Talaglief
Faisant face à un manque de neige criant a tikjda, nous décidons d'aller voir à Talaglief, deux heures et demie de tikjda et une heure de Tizi Ouzou. Notre chauffeur se renseigne aux prés de plusieurs gendarmes sur la route pour savoir si l'idée de monter dans ce massif est bien possible. Le premier gendarme nous dit que c'est un peu dangereux, le premier policier dément l'information, le deuxième gendarme n'est au courant de rien, et le troisième a l'air confiant. Donc, c'est sans souci que Youssef notre pilote s'engage sur la route du spot. Disons que la route est plutôt en réparation ou en construction, la bande de roulement est en terre, pas de barrière de sécurité, la chute peut être sans retour comme un peu La route de la mort en Bolivie. Heureusement la période sèche que nous traversons nous facilite la tâche pour accéder au sommet.




Pas un chat sur la route, bizarre pour un endroit superbe et sans problème. A notre arrivée, un cul-de-sac, une barrière à droite et un poste de l'armée à gauche.Pas le temps de descendre du van que nous voilà encerclés de capitaines kalachnikov bien décidés à savoir ce que l'on foutait ici. Il s'en suit une vérif de passeport et un questionnaire, à faire pâlir un homme. Essayant de décontracter l'affaire avec un brin d'humour, il nous somme de redescendre au plus vite d'ici, car c'était trop dangereux. Il n'avait pas vu un touriste depuis dix ans. Tout avait l'air si beau et si calme pourtant. À l'heure où j'écris cet article le dernier attentat en Algérie a été commis sur la route si tranquille visant une entreprise française. Des morts sont à déplorer, alors une devise dans ce pays qui est l'un des plus beaux et des plus accueillants au monde : " Take care ".



Pour ce trip nous tenons à remercier nos partenaires : Entreprise Vallet , Sani Concept, Ecole de ski internationale de la Toussuire et Anten' Sat.

Guide pratique

Décalage horaire : 8H en hiver
Taux de change : 1€ = 160 Yen

Accès
Vol / lyon-alger : 200/300 €

Logement
Tikjda : simple 1500, double 2500, triple 3800, suites 4000 DA

Se nourrir
environ 800 DA

100 DA = 1,23 €

Liens

  • La marque de ski Movements qui équipe Hissam et Ticho.
  • Des photos de la Côte Turquoise et d'Alger sur le site web www.labbize.net.