Sur la route des Araucarias, Amérique du sud septembre 2006

Spot : la route des Araucarias.
Riders : Vinzenz Lups, Xavier Jordan, Seb Michaud et Phil Meier
Texte : John Nicolet
Photos : Philippe Fragnol

De tout temps terre d'aventure, l'Amérique du Sud est devenue le nouvel eldorado des freeriders. De la Cordillère royale (Bolivie) à la Terre de feu, chacun cherche à tracer sa ligne. Vinzenz Lups, Xavier Jordan, Seb Michaud et Phil Meier ont choisi la Patagonie, et son climat rugueux, pour laisser, grâce à un trip orginal, une marque un peu moins éphémère.

 

Ci-dessus Xavier Jordan en plaine glisse.
De Ralco, au Chili, à Caviahue, en Argentine, le quatuor a tracé une route à travers les Andes à cheval, peau de phoque et motoneige: la route des Araucarias. Ces arbres fossiles millénaires qu'on ne trouve que dans cette région du monde et qui sont l'emblème des Indiens Mapuche.

Le périple a débuté à cheval pour les deux snowboardeurs et les deux skieurs. Ils n'ont toutefois jamais atteint le refuge espéré. La pluie, puis la neige, empêchant les chevaux de progresser normalement, les riders ont décidé de rebrousser chemin, poussés un peu plus dans leur décision par le froid. Dès le premier jour, la nature a ainsi eu raison du groupe, qui a rejoint finalement en 4x4 et en motoneige la deuxième cabane. Il y est resté six jours, dont les trois premiers bloqués à l'intérieur. La faute à une puissante tempête de neige de fin d'hiver, une Santa Rosa, comme ils appellent ça là-bas. "C'était une cabane d'été, sans eau. Il y avait un poêle et une génératrice pour de l'électricité juste quelques heures par jour ", raconte Phil Meier, qui a dû scotcher les portes et les fenêtres pour tenter d'isoler la vétuste bâtisse. Cinq jours se sont ainsi écoulés depuis le départ d'Europe sans que les riders n'aient eu la moindre chance de tracer une ligne dans la poudreuse.

L'impatience, l'absence de confort, la promiscuité: "Vivre comme ça c'était un peu comme une expérience sociale", rigole Vinz Lüps qui avoue par contre ne pas avoir fait le malin lorsqu'il a croisé, sur ces pas, des empreintes toutes fraîches de pumas. Reste que ce départ laborieux a resserré les liens du team. "Il y a eu vraiment une bonne ambiance. Loin du monde informatisé qu'on connaît, on a beaucoup parlé, appris à se connaître", explique Seb Michaud. "Et quand la météo s'est finalement calmée, nous sommes sortis comme des gamins", ajoute Phil Meier. Des gamins récompensés pour leur patience: deux jours de ride dans un cadre exceptionnel, un cirque qui prendra le sobriquet de "Pisco Studio", du nom de la boisson préférée des locaux. Un splendide terrrain de jeu, aux confins de l'Amérique du sud, difficile d'accès, ce qui lui donne que plus de saveur. Un goût peut-être plus naturel que les pentes de l'Alaska, sans cesse survolées par les hélicoptères.

Ce trip, dans une région du monde pas "super trendy", c'était aussi la rencontre avec les Français Serge Cornillat et Serge Vitelli. Deux guides 5 étoiles qui ont pris l'habitude de passer l'hiver australe en Patagonie depuis bien des années. "Cornillat me demandait depuis longtemps d'aller le trouver. Ce qui m'a plu dans ce trip, au départ, était de pouvoir enfin répondre à cette invitation et, en quelque sorte, de boucler la boucle, puisque désormais j'ai skié sur les cinq continents, raconte Seb Michaud. Tous, on s'est ainsi un peu retrouvé là-bas comme la grande famille du freeride.


Photo de gauche, Xavier Jordan pose un back et photo de droite Vinzenz Lups entre ombre et soleil.

Aussi habiles au guidon d'une motoneige que sur leur planche, connaissant les meilleurs spots, les "Sergios" ont aidé l'équipe à réaliser deux premières. Il y a eu d'abord l'ascension de La Blanca, un volcan, réputé capricieux par les Mapuche, et qui n'avait encore jamais été skié. Culminant à 3200m, le sommet est sans cesse balayé par le vent qui, avec le temps, sculpte la glace et la roche pour en faire de véritables œuvres d'art. Le quatuor réalisera dans la foulée un autre challenge, en ralliant Caviahue, de l'autre côté de la frontière, en Argentine.


Un défi d'abord administratif, tant les services des douanes ont fait du zèle. Deux jours d'âpres négociations pour tenter d'atténuer les soucis de bureaucrates qui voyaient plus dans les quatre riders des trafiquants quelconques que des sportifs en quête d'exploits. La paperasserie finalement mise au placard, il a fallu ensuite se frayer un chemin entre forêts, montagnes et rivières en motoneige.


Xavier Jordan fait voler la pow d'Amérique su Sud.

Xavier Jordan full speed, c'est comme ça qu'il aime rider aussi à la maison.


Sur les 2 photos, Xavier Jordan en action et il se dit que surfer sur des vagues de neige c'est pas mal non plus!

Construire des ponts. Et rider. Loin de tout et surtout des secours, aucun faux-pas n'était permis, au risque de conséquences graves. Dans ce sens, l'appui supplémentaire des locaux Caniche et Pampa, qui avaient fait le chemin inverse durant deux jours, a été des plus précieux pour atteindre l'objectif: Caviahue.


Sur les versants argentins, le groupe n'a malheureusement pu rider que quelques heures. De fortes pluies étant annoncées, avec le risque de gonfler dangereusement les rivières, il est devenu nécessaire de repartir déjà le lendemain en fin d'après-midi. De quoi attiser les frustrations, car le potentiel de ride était, de l'avis de tous, des plus intéressants. "Mais maintenant que j'ai goûté à cet endroit, je sais que je reviendrai…" Phil Meier a visiblement aimé. Il n'est pas le seul. "C'est l'un des plus beau trip que j'ai fait. De quoi me redonner goût aux voyage, alors que je l'avais un peu perdu". Venant d'un photographe du calibre de Philippe Fragnol, ces mots ont valeur de symbole. Symbolique aussi, le but de ce voyage: relier Ralco à Caviahue, par delà les Andes, cette majestueuse frontière naturelle… sur la route des Araucarias.


Photo de gauche, Vinzenz Lups et photo de droite Xavier Jordan.



Photo de gauche, Vinzenz Lups et photo de droite Xavier Jordan.




Liens

  • Retrouvez les plus belles images de Philippe Fragnol sur Piterak Editions.
  • Xavier Jordan est un rider local du team SCOTT. C'est aussi un super surfeur sur eau..