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Spot : Kirghistan | |
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Le voyage que nous vous proposons
se déroule dans un pays dont les terres oscillent entre vastes étendues
et monts célestes. Titillant l'imagination des habitants des vallées alpines,
il semble nostalgiquement rappeler un passé lointain et perdu. Nous sommes
au Kirghizstan et voici sa capitale Bishkek. |
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Alors que les gardes se relaient
sur la place centrale en faisant claquer leurs bottes sous le drapeau
rouge ceint d'un soleil jaune vif, à la mode désuète d'un régime politique
aboli, les habitants se préparent pour le Nouvel-An kirghize, commun à
toute l'Asie centrale, en ce 21 Mars. |
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Le
Nouvel-An attire des milliers de personnes de la campagne dans l'enceinte
du parc principal de la ville, ancien haut lieu de la culture et de la
politique russe, qui fut dans ce pays. Les immeubles aux proportions impressionnantes,
les rues aux dimensions "parfaites", qui quadrillent le parc de part en
part, et la statue géante de Lénine s'entremêlent nonchalamment avec les
stands à la sauvette des marchands ambulants, une nature laissée à l'abandon,
qui reprend ses droits, et des corps inertes, qui gisent au sol en cuvant
leur alcool de blé frelaté. ![]() Les
signes d'une mondialisation bredouillante se manifestent sous forme d'écrans
géants qui crachent, ça et là, à tout va, leurs slogans préfabriqués.
Le marché principal de la ville, bien qu'il soit le plus grand de toute
l'Aise Centrale avec plus de 15000 containers et de 20000 personnes, invente
et bricole, ainsi, sans cesse, une composition avec des sons venus d'ailleurs
et les mélodies qu'il connaît. Arlan, notre guide durant les premiers jours, nous a mené à travers les différents quartiers de Bishkek. Nous avons pu constater que, alors même que le Communisme a quitté les terres kirghizes depuis plus de 16 ans, les marques urbaines de son passage sont toujours bien présentes. Tant au niveau de l'architecture qu'au niveau de l'organisation sociale et politique du pays il semblerait que l'esprit autonome qui anime culturellement les habitants ne s'accorde pas à merveille avec un état démocratique au fort pouvoir central. Les abus des dirigeants passés et les rivalités claniques en témoignent. |
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| Sam,
venu tout droit du Valais suisse, est notre guide durant tout notre périple.
Il précise : "Susamyr est un endroit stratégique de la vallée. C'est le carrefour entre la route du nord et du sud, qui relie Bishkek à Jalalabad… ".
![]() Ci-dessu et ci-dessous, Julien Ecuyer sur le neige du Kirgi et dans la Yurth, habitation locale. ![]() |
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Nous
décidons, en guise de première approche à ski des montagnes de ce pays,
de monter aux sommets qui surplombent le col de la route de la Soie, par
lequel nous sommes arrivés. Après quelques heures de marche et quelques
tassements inquiétants et bruyants du manteau neigeux du versant, sur lequel
nous sommes, nous parvenons à notre but. Les rayons du soleil frappent dans
un martèlement incessant les pentes qui nous désirons descendre et nous
entendons Jako, à la radio : "
Allez pas vous faire tirer en-bas ! Vous faites pas les mariolles sur cette
affaire-là ! " … " Bip ! "Le son métallique de transmetteur sonne la fin de la communication et un instant de doute s'empare de notre petite équipée… Lorsqu'il s'agit de choisir l'itinéraire de descente, les différents avis se manifestent. Steve de commencer : " Moi, je dois avouer que ce qui me tend, c'est même pas la fin, c'est les pentes de départ, là " et Evariste d'ajouter : " Moi, ce qui me fait chier, c'est de se retrouver sur le chemin et de devoir rentrer jusqu'à la cabane en aillant des plaques qui nous arrivent sur la gueule ! " Le son de la radio retentit à nouveau : - " Pour votre descente le couloir que vous avez emprunté à la montée, il n'y a plus de neige dedans il a tout dégeulé alors faites gaffe ! " Effectivement, nous ne parvenons pas à distinguer le bas de la face à cause d'un épais stratus qui recouvre le fond la vallée. Et nous précisons aux personnes restées au camp : - " Pour la descente, on va reprendre les traces de montée et on va suivre, vraiment, les lignes de crêtes et on va essayer d'éviter la grosse traversée finale on va essayer de passer un peu dans les cailloux pour euh pour revenir vers vous en traversant " " Bip ! " - " Ouais, il faut pas tarder non plus, nous répond-on, parce qu'il fait 22 degrés, là, en bas ! " " Bip ! "
Ci-dessus, Ilir Osmani en action. Il semblerait que l'hiver en cours soit spécialement sec. Le manteau neigeux n'est, en effet, pas très stable. Bien que, durant la nuit, la température descende à moins 18, l'après-midi, les 20 degrés sont allègrement franchis ! ce qui rend le terrain peut fiable, avec de forts risques d'avalanches. Nous devons, par ailleurs déblayer, à la main, l'unique route d'accès au camp, bouchée par une impressionnante coulée de neige. Nous profitons, donc, de cet arrêt forcé, pour mettre en valeur nos modestes qualités d'improvisation et passer le reste du temps à effectuer de courtes descentes ou à peaufiner notre aisance aérienne en "figures libres" !
Ci-dessus, Evariste Berney ride tout ce qu'il trouve ... Puis, nous décidons de tenter une échappée, à ski, de ce lieu, qui nous retient. Par chance, un camion venu amener de rares kirghizes skier et faisant office de remonte-pente, nous permettra finalement de poursuivre notre aventure vers d'autres monts enneigés.
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Sur le chemin, qui doit nous mener à Karakol, notre ultime destination de glisse, nous rencontrons de multiples ennuis mécaniques et devons faire halte, en pleine nuit, au milieu d'une route perdue dans les steppes sans fin. Nous nous hâtons de faire du feu, afin de nous prémunir contre le froid mordant. Des camions énormes, en provenance de Chine et à destination de l'Occident, roulent à vive allure sur la route chaotique, au bord de laquelle nous nous trouvons. Finalement, quelques hurlements de loups plus loin, à vous glacer le sang et les viscères, Arlan vient nous dépanner, en nous amenant une batterie neuve.
![]() Station de ski de Karakol Un vieux téléski d'avant-guerre, importé, pièce par pièce, d'Europe, agite frénétiquement ses membres décharnés et usés, au milieu d'un espace parsemé du blanc de la neige et du kaki de la végétation alentour. Nous nous faisons escorter par ses vieux, mais néanmoins vigoureux, services, au sommet de la montagne, sur laquelle il est greffé. Il fait penser à une de ces "machines-sculptures" de Jean Tinguely, qui se meut cinétiquement dans un univers statique. Malheureusement,
le mauvais sort semble vouloir s'acharner sur nous : un pylône de
l'installation s'est effondré au moment où nous la prenions
!
- " J'ai vraiment eu les boules, quoi. Explique Steve. Je voyais le machin lui arriver droit sur la gueule ! Il a juste baissé la tête au moment où il est passé ! Il a baissé la tête et c'est passé juste " - " Ça a pas l'air très serré remarque Ilir. Il a donné deux coups de clé pour le réparer et c'est tout ! " Ci-dessous, Steve Bechelet. Bien heureusement, plus de rire que de mal. Mais un sentiment amer nous habite Nous avons vraiment l'impression que ce pays désire être découvert autrement qu'en s'amusant sur des skis À la façon d'un enfant obèse et boudeur, des nuages bas se sont assis sur nos têtes et obstruent les sommets majestueux environnants. Cela donne une ambiance triste et grise aux paysages. Et c'est sur cette note, emprunte d'une heureuse mélancolie, que nous choisissons d'arrêter de courir après les chimères de papier d'une improbable glisse au pays des loups et des terres inaccessibles en si peu de temps.
Sur le chemin du retour à Bishkek, nous nous arrêtons aux bords du lac Yssik Koul. Ce lac forme une sorte de petite mer intérieure, qui, légèrement salée, échappe au gel hivernal. Perché à 1660 mètres d'altitude, il s'agit du deuxième plus grand lac de montagne du monde, juste après le lac Titicaca. Une douce lumière satinée, des plages de sable jaune et des bouleau, bercent notre route. L'atmosphère est détendue, les voyageurs fatigués d'avoir dépensé autant d'énergie à chercher au mauvais endroit Nous faisons halte, pour la nuit, chez Oleg, un ami de Sam, originaire de Russie. Son accueil nous rappelle le fort métissage culturel de ce pays russes orthodoxes, à l'apparence occidentale, kirghizes nomades animistes, aux traits presque mongols, chinois musulmans Dungan, exilés Nous testons, par ailleurs, le sauna maison d'Oleg, élément incontournable chez tout bon russe qui se respecte ! Chez Sam Dans une maison du faubourg de Bishkek, une famille s'affaire aux préparations d'une fête. Un homme de petite taille et à l'air sympathique souffle dans le samovar pour préparer du thé. Pendant ce temps, des morceaux de mouton bouilli flottent avec paresse à la surface d'une grande marmite qui cuit sur le feu. Puis, il va à la cuisine et en revient avec deux tasses, qu'il passe à l'un de ses proches, un jeune homme coiffé d'un béret noir, afin qu'il serve du bouillon de mouton aux invités étranges, venus de loin
Lorsque Evariste se saisit d'un bol, au loin, Sam lui lance : - " Ah ouais, ça c'est bon ! C'est du jus de mouton ! " Et Evariste de lui rétorquer : - " Ouais, ça a l'air ! ça sent bon, en tout cas " Puis il remercie le jeune homme, dans un russe assumé et maîtrisé " Spaciba ! " À ce moment, avec une moue à couvrir de ridicule les masques les plus effrayants du carnaval du Loetschental, Jako fait remarquer : - " C'est du jus de mouton ! Boua ! Tu veux goûter ? Tiens, goûte ! Vous avez de la chance, hein ?! Dit-il à ses hôtes. Vous êtes chez vous ! " Et il éclate de son rire si particulier, véritable remède aux situations malaisées ou soporifiques ! En effet, peu avant notre départ, nous avons eu le privilège d'assister à une fête donnée chez Sam, pour le premier anniversaire de son fils, Rafaël. Toute la famille de sa femme, Zulia, est venue pour y assister. Certains ont fait le voyage depuis l'Ouzbékistan, d'autres, depuis le Kazakstan. Il faut dire qu'il s'agit d'un moment important de l'enfance. A cette occasion, le plat emblématique du pays, le mouton bouilli, est préparé. À chaque morceau de viande sa vertu les yeux pour les malvoyants, par exemple.
La partie de la maison qui sert de salle de banquet est emplie d'une odeur âcre de mouton. Un grand tapis carré et brodé, sur lequel est disposée la nourriture, occupe le centre de la pièce et les nombreux convives, de toutes les générations, sont assis à même le sol, tout autour. Les verres de vodka s'enchaînent et s'ensuivent. Les discours de rigueur, qui les précédent ne sont, naturellement, jamais oubliés et les vux de bonheur et de prospérité sont, par chacun, adressés à l'égard du nouveau membre de la famille. Les femmes entonnent des chants a capella et une douce mélopée, aidée par l'alcool, enivre nos sens et nous transporte jusque dans les airs où notre oiseau de métal nous ramène chez nous
Ci-dessus, Steve Bechelet prit au flash et le team du Kirghistan au complet Julien, Evariste, Ilir et Steve. |
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