Géorgie

Géorgie

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Cette année-là, l’Italie croulait sous la poudre, tout le monde se gavait, alors pourquoi ne pas enchainer un bout de road trip à base de pizzas, de pâtes, et de pizzas. C’est tentant et puis finalement c’est juste l’avant-veille qu’on se décide pour de l’exotique du peu commun voire du brutal (çà reste à voir) : la Géorgie.

Seules certitudes : pas besoin de visa pour la Géorgie, un stop à Istanbul et on reprend un zinc vers Tbilissi.

Tbilissi, capitale de la Géorgie, petit pays du Caucase dont on a entendu parlé en 2008 lors d’une sombre embrouille entre la province séparatiste d’Ossétie du Sud celle du Nord, l’Abkhazie.
L’endroit est sobre, l’aéroport un modèle du genre, bâtiment soviétique avec une goutte de modernité parfois mal placée.

Les formalités d’entrée se font vite quand tu es français, souvenir du soutien diplomatique du petit Nicolas à son pote de Tbillisi en 2008. Notre contact doit nous emmener à Gudauri, LA station de Géorgie, à deux heures de route.

Une pauvre ficelle en mode « no problem my friend » tiens nos housses sur la galerie de l’opel vectra.
Tbillissi c’est un mélange du passé architectural lointain du temps des soviets (l’indépendance date des années 90, cette époque ou Céline Dion chantais « pourquoi tu m’aimes encore »…) avec un soupçon de pauvreté et des quartiers farcis de beaux hôtels qui brillent.

Un signe au chauffeur et il fait glisser sa Vectra dans les méandres de la capitale. Partout des drapeaux Georgiens, des monuments de cultes toutes les trois rues et notre chauffeur (on l’appellera Serguei, original non ?) qui fait un signe de croix façon Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez après chacun de ses forfaits dans le « Bon la Brute et le Truand ».

La route défile de banlieue en autoroute, de doubles voies en départementale. On traverse des campagnes et des bleds, puis, ça devient enfin montagneux. Clope à la main, Serguei nous montre un bout de sommet blanc là-bas au fond, et il ajoute un mot du genre Gudauri !
Voilà notre destination… Vu le faible enneigement dudit sommet le doute m’habite…

Après deux heures de route, quatre dépassements en mode « çà passe à trois » la Vectra s’arrête devant une espèce de bistro motel posé là au milieu d’une vallée. Rien autour sauf l’étal d’une vielle paysanne qui vend des chapeaux en poil de mouton yaké. Serguei sort de la voiture et file dans le motel. Plus loin, la route file dans le fond de la vallée vers les montagnes. Serguei ressort du motel avec une blonde qui parle un brin d’anglais et nous explique qu’il faut payer Serguei. Le tarif n’a pas changé Serguei est aussi accompagné de deux potes un peu gitans sur les bords, paie que tu paies.

La blonde téléphone et donne des consignes au chauffeur. La route s’enquille puis enfin ça monte, le tank se déforme à chaque virage et déboule sur une sorte de plateau entouré d’un cirque montagneux. C’est à ce moment-là qu’on sait pourquoi on est là.

Ce plateau est une sorte de pied à terre face aux montagnes du massif du Caucase. Des faces à perte de vue, belles et bardées de crêtes effilées, striées de couloirs étroits et sexys. Peu de neige en face sud et les signes d’une activité avalancheuse nous mettent vite à l’aise… Question ski on prendrait bien un billet direct from Gudauri to les dolomites via la vectra de Serguei et Tbilissi… c’est ce qui s’appelle un moment de solitude…

Pas le temps de gamberger, Serguei c’est escampé, il nous a déposés nous et nos housses sur un parking devant une autre Géorgienne qui téléphone, début du dossier «ou dormir ce soir», l’idée est d’essayer de trouver une piaule pas trop chère pour ce soir.

On pose finalement nos housses dans un hôtel quasi neuf à l’alimentation électrique aléatoire. Un check net nous permet de savoir que la météo annonce une petite chute en milieu de semaine, St Snowforecast priez pour nous !

Gudauri, c’est sur un plateau belge (donc un peu en pente), un bout d’ancien village de maisons bien vieillissantes, des hôtels épars et le new Gudauri : un complexe en cours de construction, bref une station en transition vouée à devenir une destination touristique incontournable du Caucase.

Un télésiège part de new Gudauri, sa ligne de câble passe moins de 10M au-dessus de la ligne de câble du télésiège du Gudauri du bas, un truc à faire pâlir le moindre stagiaire de chez Poma…

Question exposition et enneigement, les installateurs de la station n’ont jamais été trop inquiets, tout est posé en versant Sud. En même temps on est au fin fond du Caucase donc pas de scoop quant au potentiel enneigement, un climat sub-tropical bien humide. Mais cette année, c’est sec et pis c’est tout. L’enneigement des pistes est sous perfusion de neige grattée ici ou là. Les sunsets bars tournent dès midi, des jeunes russes s’inondent à la vodka, bref, fait pas froid.

La base d’hélico du coin envoie des rotations sur les faces Nord de l’autre côté de la vallée. Les runs sont tracés comme une Combe de la Jasse après l’ouverture du Pouta un jour de poudre… Des lignes ont été délicatement tracées par les guides qui ont jonglé avec les corniches et autres plaques à vent pour proposer une ligne skiable sur les faces restées stables.

Une visite au sommet de la station nous permettra d’avoir une vue d’ensemble depuis le Mont Sadzele à 3200m. En bas du dernier TS, le perchman nous explique qu’on doit laisser le matos en bas et prendre le siège en piéton : pas assez de neige…On est loin de faire du ski dans la montagne…

Depuis le mont Sadzele, la vue est incroyable : face à l’immensité du Caucase, terrain de jeu illimité de quoi y passer plusieurs vies de rider.

Deux vallées plus loin c’est le Kazbegi (5050m), juste en dessous de nous Kobi pass, à droite le mont Bidara plus loin le mont Kudebi. Certes le spot n’est pas exploitable mais le potentiel est monstrueux en cas d’enneigement normal. Beaucoup de runs sont accessibles par gravité, un bout de marche et c’est le gavage sans pour autant se la faire en version collant pipette poutre apparente.

Nous voilà donc dans un spot incroyable au bout du monde, des gens accueillants et hospitaliers, juste de quoi oublier, presque oublier qu’on est venu pour skier.

Sur le net, les réseaux sociaux nous font subir les photos des potes restés à la maison qui viennent de se prendre un coup de Nord Ouest l’histoire de nous y enfoncer, nous, dans la dépression. Après des messages assassins pour le moral, un pote nous donne le contact d’un certain Rustam, qu’il a rencontré à Gudauri. Rencard est pris pour le lendemain avec Rustam à son école de ski : le Snow Lab.

Il fait beau, les pistes sont bondées, des gens skient aux mêmes endroits, c’est anarchique et dangereux, chacun a son satellite Gopro, tous se narcissisent dans la joie et la bonne humeur.

Le Snow Lab c’est l école de ski/snow freeride-frestyle de Rustam. Une boutique posée à la croisée de deux lignes de ts (ici tout s’entrecroise), entre deux sunsets bars. Le gonze est là avec deux trois potes, une trentaine, imposant et charismatique. Très calme, il brasse tranquillement, presque nonchalamment, trois trucs à la fois un mug à la main. Les présentations sont faites dans un engliche approximatif d’un côté comme de l’autre. Il est déçu pour nous du manque de neige, presque triste de cet état de fait. Il nous présente un de ses guides (ou son pote, je sais pas trop) et on part glisser ensemble. Sûr que là c’est pas fameux mais c’est seulement pour nous montrer le potentiel de l’endroit , reste à imaginer Gudauri en vrai, en tout poudre quoi…On se laisse guider quelques courbes, et on s’écarte de la station, une montée sur un bout de crête, on bascule de l’autre côté dans une jolie combe dominée par un monastère massif , (ici comme à Tbilissi y a un bout de monastère, d’église ou de tour fortifiée sur chaque crête). Les courbes s’enchainent, un run posé sur de 20cm de neige entre des touffes d’herbes et des sortes de roseaux . La fin du run est au milieu d’un champ est des vaches. Quelques minutes de marche plus loin nous sommes chez Rsutam.

Sa maison est dans un bout de bled en dessous de Gudauri. Un bout Lada Niva par ci, une botte de foin par là, des chiens semi errants qui gueulent…. Rustam nous présente sa petite fille et sa femme nous sert le thé. La discussion s’installe, Alexei nous explique que dans deux jours, ils partent en rando dormir une nuit dans des igloos et que nous sommes invités.

Les contours du plan sont enfin définis.D’ici là on aura profité de la chute de neige prévue, puis rando pour une nuit en igloo. Bien sûr on accepte. C’est là que le trip commence, sur une simple rencontre avec deux gonzes qu’on connait depuis une petite heure. Le ski n’est qu’un prétexte au voyage, un instrument de glisse et surtout de rencontre, un vrai moyen de perdre le contact avec l’ordinaire.

Kolkhoze du ride
Il est 4h 30 du matin, on a rendez-vous devant une vieille maison devant laquelle végète une chenillette Ratrak. Alexei nous attend, le matos est jeté dans le camion. La maison est en bois, des chambres partout à l’étage, du matos de ski et de snow trahit la présence de pleins de gens dans la cambuse. On est posés là dans le canapé de cette salle commune. Un gros trophée de chasse côtoie des portraits et photos de skieurs des années twists du club du coin, des drapeaux tibétains et des photos de montagne. Alexei nous sert un thé. Autour de nous, çà brasse du matos, des gonzes descendent de l’étage prendre leur douche, d’autres font à manger pour des collègues, bref l’ambiance du backpacker freeride à l’ancienne, le kolkhoze du ride, le spot de Gudauri, la version B&B du Snow Lab, le truc qui nous fait regretter d’être à notre hôtel tout neuf…

Rustam est là, check d’un un bout de carte, il nous montre le déroulé de la rando et du plan igloo, mais aussi des vidéos des embrouilles et autres manifestations de la Place Maidan à Kiev il est d’origine Ukrainienne.

Kobi village
Le van chargé de matos roule en direction du Nord sur la route militaire Géorgienne qui file en direction de Vladikavkaz en Russie pays dont la frontière n’est pas loin d’ici. Après avoir basculé le Jvary pass à 2380 m le van se pose devant le village de Kobi (je dis çà car il y a un panneau). Mise en place des peaux chaussage des pompes de ski. C’est parti pour 5h de rando. Kobi village est sans doute un village d’été, en hiver c’est une bonne trentaine de maisons inhabitées. Nous déambulons en pompe de ski en mode trek dans les rues du bled.

C’est un peu ambiance western spaghetti, se sentant observés par ces maisons vides, version Pale Rider, ce moment ou Clint arrive dans l’allée centrale du village et que les gens rentrent chez eux…Pas moyen de chausser les peaux de phoques y a trop peu de neige. Après s’être élevés de la vallée on fait une première pose à un hameau de grosses bergeries, juste à côté un cimetière bardé de stèles tordues gravées en caractères Géorgiens, on pourrait être au cimetière de Sad Hill en train de chercher des dollars avec Tuco et Blondin que ce serait du pareil au même….

C’est seulement après une paire d’heures qu’on finit par brancher les peaux à l’entrée d’une vallée large et très longue. Notre « hôtel du soir » est sur un plateau tout au fond de la vallée vers 3000m, Alexei nous montre un vieil igloo à mi-distance : un petit point vu l’immensité de l’endroit… La rando déroule tout en espérant que le plan de nos copains de y a deux jours ne soit pas foireux, (enfin j’me comprends). Il fait un soleil de plomb et une lumière de dingue, çà défile, l’esprit s’évade s’imaginant rider les couloirs qui nous font face .Le soleil baisse en intensité, nous sommes sur le plateau et dans un creux trois igloos sont posés là. On profite du sunset au col juste au-dessus. De l’autre côté une belle face plonge dans une vallée qui ramène sans doute à Kobi village. Au col trône le drapeau d’une compagnie d’héliski, l’endroit fait une belle dépose. Certaines pierres sont gravées des caractères Géorgiens vus plus bas sur les stèles de Sad hill. A côté une belle pointe montagneuse striée d’un magnifique couloir mais trop martyrisé par le vent pour être skiable.

Les igloos sont bien faits le soir tombe, disons qu’il fait environ 0° à l’intérieur. La soirée s’étire juste le temps de discuter et de boire du cognac Georgien. La nuit se passe et c’est le vent du matin qui nous réveille. Contents d’avoir survécu à la nuit on fait bien moins les fiers quand il faut enfiler les coques des pompes de ski… Dehors c’est presque la tempête, le temps de glisser un ou deux petits couloirs alentours pour gratter un peu de poudre et il faut rentrer rapidement et éviter le plan foireux.

Comme imaginé la vielle on bascule au col. Le run s’enchaine de l’autre côté dans un sorte de vieille poudre et neige irrégulière loin de la ouate du cru 14 en Italie, mais çà glisse et on laisse louvoyer les skis entre contre pentes et couloirs, un joli run, immense qui se termine le long d’une rivière qui débouche juste à la sortie de…Kobi Village.

Merci encore aux gars Snow Lab, à Rustam pour leur hospitalité, ils ont été les artisans de notre perte de contact avec l’ordinaire.

PRATIQUE :

Visa et billet et trajet :
Pas besoin de visa.

Pour le billet on est partis en février, les billets pris trois jours avant le départ, il nous ont couté 285 €, vol Lyon/Istanbul, Istanbul/Tbilissi.

Arriver en mi-journée à Tbilissi pour gérer la phase Tbilissi/Gudauri (3 heures de tacos) et environ 55 Euros ou130 Lary Géorgiens ( et oui mon petit Larry..).

Pognon : 1 € = 2.26 GEL (Georgian Lary)

Attention : Bien se gaffer car en Géorgie le transport de certains médocs autorisés en France et que tu pourrai avoir dans ta trousse de toilette peut être considéré comme détention de stup là-bas, y en a qui ont eu des problèmes…

Le portable le net et le wifi : A Gudauri en particulier pas de problème pour avoir du réseau tel et du wifi à l’hôtel à condition qu’il n’y ai pas de panne d’électricité…

Restos : C’est pas cher. Pas de spécialité internationale mais du simple efficace et bon. Nous on a trouvé une cantine pas chère bonne et sympa à côté de l’Hôtel 2100.

Hôtel : il existe plein de possibilités, du back paker de chez Snow lab à cool et un poil roots, en passant par la chambre d’hôte au pire hôtel avec toutes commodités et finition comprise.

Le forfait : il coute 20 €/jour pour un adulte.
L’hélico : il existe une base l’héliski doit être possible.
Sécurité : démerdez-vous.

Les meilleures infos sont à prendre chez Snowlab :
http://snow-lab.com/http://snow-lab.com/
https://www.facebook.com/SnowLabGudauri?fref=ts
Contacter Rustam Ibragimov